HOM(m)E

En phonétique, OM, qui comprend les lettres a, u, m, est le mantra monosyllabique sacré de l’hindouisme et du bouddhisme. Pas un mot, c’est une intonation qui, comme la musique, dépasse les barrières d’âge, de race, de culture. C’est la totalité de ce qui existe, la syllabe éternelle. HOMME, tenu fièrement par son grand H, décrit la civilisation qu’elle soit mâle ou femelle, l’être humain en général. Enfin, HOME – l’endroit où vit cet être humain, se découvre au travers d’un jeu de mots et de sons, valsant entre l’anglais et le français, comme dans le langage des gens de cette île où l’artiste a posé sa vie, il y a maintenant plus de dix ans.

HOM(m)E présente une collection d’œuvres où le détail parfait est figé, où la peinture est détaillée, où les traits fins sont posés ça et là tels des fils de broderie. A se répéter ce titre choisi, on imagine une artiste joueuse et complexe, toujours à la lisière des choses, dans la liberté des pensées multiples, des caractères dissonants, des énergies vivantes, des vies qui l’entourent et de celles qui évoluent en elle.

On se plait à imaginer qu’elle a su créer ces univers colorés pour laisser libre cours au visiteur d’inventer ou de voir des dizaines de tableaux dans un même tableau, de se perdre et de voyager. HOM(m)E se dévoile sous ce concept de « maison», omniprésent dans la vie de l’artiste expatriée. Chercher où se trouve la sienne et à quel monde elle appartient, telle a été – et est encore parfois –la lutte de sa vie.

Cette exposition parle ainsi de ses états d’âme, de son rapport à la condition humaine, de son histoire singulière mais qui devient, finalement, notre histoire générale, celle de nous, tous, qui sommes le fruit des migrations, qui témoignent de tant d’histoires de peuplements, de fragments d’hommes et de femmes et de ces endroits où ils ont posé leurs bagages, par choix ou par obligation.

Sa peinture « à l’envers » raconte ses souvenirs, sa mémoire photographique, les lieux qu’elle chérit, les autres, ceux qu’elle a traversés et certains encore où elle n’est jamais allée. Elle s’excuse parfois de ramener un langage personnel et une histoire auto-biographique dans ses œuvres, mais infne tout ce que l’on raconte, crée, construit de beau et de grand l’est toujours un peu. Nos vies, nos expériences, nos souvenirs sont ultimement emmêlés à tout ce que l’on entreprend et impactent nos réalisations. 

En fin de compte, le travail de Laetitia Lor oscille entre géométrie et réalité organique ; il échappe à toute classification artistique. Sa peinture abstraite et atmosphérique nous fait voyager dans sa vie, dans ses rêves, dans ce qu’elle veut bien nous laisser partager de cet univers où rien n’est jamais vraiment sérieux, mais où tout n’est pas simplement qu’un jeu. Il y a tant de sens à donner aux rencontres, aux instants que l’on vit, aux endroits que l’on parcourt ; tant de façons de percevoir la vie, les Hommes, leurs espoirs, leurs souvenirs, ceux qu’ils partagent et expriment et surtout ceux que l’on ne peut que deviner, car les dévoiler viendrait détruire un peu de cette magie, un peu de cet instant suspendu où l’énergie suffit… à faire sens et à nous rendre bien vivants, au-delà des Hommes et au-delà du temps.

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